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Les éditeurs jeunesse veulent-ils vraiment le bien de la planète ?

21 juin 2018

Après les chroniques du 23 avril, 8 mars et 2 février 2018, Eric Lombard, physico-chimiste très au fait de l’écologie, continue son analyse des livres jeunesse qui sont publiés dans ce domaine.  Aujourd’hui : On fait du bien à notre planète, Iréna Aubert, Grenouille éditions, mai 2018 (12,90 €)

 C’est bien d’informer et de sensibiliser les jeunes, mais encore faut-il le faire correctement ! Voici encore un documentaire jeunesse sur l’écologie dont l’amateurisme ne permet pas de le distinguer de ceux que nous avons récemment analysés.
Cet album a d’indéniables qualités, mais impossible de le recommander. Pourquoi ?
Florilège :
– p 19 et 20 : confusion malheureusement classique entre N2O (protoxyde d’azote), gaz à effet de serre émis par les activités agricoles et NOx (oxydes d’azote), gaz polluants toxiques émis par les moteurs et les chaudières.
– p 20 : « Qu’est-ce qui envoie le méthane ? – Les immenses fermes qui élèvent des vaches (les pets de vache) ». D’abord ce ne sont pas les pets des vaches qui posent problème, c’est la rumination, qu’on trouve aussi chez le mouton. Et évidemment, cela n’a rien à voir avec la taille des fermes, plutôt avec notre goût immodéré pour la viande.
– p 20 : « Qu’est-ce qui envoie le CO2 ? – 1. Les centrales électriques ».
Désigner les centrales électriques comme premiers émetteurs de CO2 dans un pays où 80% de l’électricité est nucléaire, comme le rappelle trop discrètement un encadré sur la même double page, n’est pas pertinent. C’est vrai au niveau mondial, mais encore aurait-il fallu le préciser.
– p 24 : « Pourquoi n’utilise-t-on pas l’eau des océans ? » Réponse : parce que ça coûte encore très cher parce qu’il faut beaucoup d’énergie (sous entendu, pour la désaliniser). Pas un mot sur les émissions de CO2 liées à l’énergie…
– p 29 : « Dans le nord de l’Océan Pacifique, un immense tas de déchets en plastique flotte à la surface de l’eau ».
Il ne s’agit heureusement (ou malheureusement) pas de tas, mais de micro-déchets en suspension dans l’eau.
– p 33 : L’auteur liste les arguments pour et contre l’agriculture intensive. Dans les contre, elle mentionne l’utilise de farines animales pour nourrir les vaches, alors que ça fait belle lurette qu’elles sont interdites, et surtout elle passe sous silence les gros problèmes posés par l’utilisation massive de soja ou de maïs.
– p 43 : Dans les petits gestes du quotidien, aucune hiérarchisation et beaucoup de gestes importants ne sont pas mentionnés. Exemple : « Je baisse le chauffage quand j’aère la chambre. » Oui, mais ce qui est plus important encore, c’est de baisser le chauffage la nuit et quand on n’est pas là, ou de mettre des pulls. Rien sur la viande, les transports.
– p 48 : Dans le chapitre sur la biodiversité : « Pourquoi coupe-t-on des forêts entières ? Pour développer l’agriculture : on a besoin de plus de nourriture, donc de plus de champs et de plus d’élevages. » La réponse passe à côté de la vraie raison : la demande croissante de viande qui demande des surfaces de culture très importantes pour nourrir les animaux.
– p 49 : « Les plantes absorbent le CO2. C’est pour cela qu’il est important de planter des arbres là où la pollution est grande, par exemple le long des autoroutes. » La pollution par le CO2 est une pollution globale. Il faut certes planter des arbres, mais nul besoin de le faire le long des autoroutes.
– p 50 : Dans le chapitre sur les animaux en danger, la seule raison invoquée pour les protéger est le bien de l’homme : « les hommes ne peuvent vivre sans la nature ». Il aurait été bon de rappeler, comme dans l’introduction, que c’est pour « le bien-être de tous les êtres vivants dans le respect de notre planète »
– p 52 : Sur la dernière page, un encadré intitulé « On réagit ! » dit en substance qu’il y a des ONG qui luttent contre la dégradation de la planète et des ministères de l’écologie dans beaucoup de pays. « Cependant, l’action la plus efficace serait d’agir tous ». Et de rappeler le conte du colibri.
Très bien, mais nos petits gestes de tous les jours seront encore plus efficaces s’ils sont guidés et encouragés par des politiques éclairées…
Eric Lombard

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