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Zoom sur la littérature jeunesse

Les déchets, une mine d’or

3 mai 2018

Eric Lombard, scientifique très au fait de l’écologie continue son analyse de  livres jeunesse sur le sujet. Aujourd’hui : Les déchets,  une mine d’or de  Marie-Agnès Le Rochais (16.50 €) aux éditions Des ronds dans l’O.

Ce documentaire paru en 2017 mais dont nous n’avons pris connaissance que ce mois-ci, à l’occasion de la sortie d’un livre de la même collection* (chez Respire), ne tient pas les promesses de son titre.

En effet, si vous cherchez à en savoir plus sur le recyclage et la valorisation des déchets ou sur l’économie circulaire, cherchez en un autre ! Dans celui-ci, il est trop peu question de déchets, encore moins de recyclage.
C’est en fait un fourre-tout de sujets écologiques dans l’air du temps, dans lequel ont été empilées sans aucune logique des informations plus ou moins pertinentes.

Qu’ont à voir les énergies renouvelables, la pollution de l’air et de l’eau, la « force verte » avec le sujet annoncé ?

Pourquoi un chapitre sur les déchets nucléaires ? En quoi sont-ils une mine d’or ?

Pourquoi intituler un chapitre « déchets chimiques », alors qu’il n’y est question que de la trop grande utilisation des produits chimiques ? La gestion des déchets y est expédiée en une phrase : « Et puis les déchets voyagent très loin, on croit s’en débarrasser en les diluant dans l’air, la terre ou la mer, mais dans la nature, tout va quelque part».
Et si on souhaite en savoir plus, un encadré fournit l’information suivante : « Une augmentation de la fiscalité du diesel est préconisée. Une circulation alternée pour les voitures comme pour les avions. » C’est vrai que la pollution de l’air due aux voitures ou aux avions peut être considérée comme un déchet – et même un déchet considérable si on prend en compte le CO2 et sa contribution à l’effet de serre. Mais encore faudrait-il faire le lien ! Quant aux mesures évoquées, l’augmentation de la fiscalité du diesel n’est plus « préconisée », son alignement avec celle de l’essence a démarré en 2014, la circulation alternée des voitures a été remplacée par la circulation différenciée (interdiction des voitures les plus polluantes) et pour les avions, il n’a jamais vraiment été question de circulation alternée, pour la bonne raison que ça ne veut rien dire…
Les fake news ne se trouvent pas que sur les sites complotistes !

Mentionnons pour terminer le décalage entre les références bibliographiques destinées à un public adulte, voire initié, et le contenu du livre qui se veut à la portée des jeunes.

Eric LOMBARD

* Ces paysans qui  nous nourrissent  de Christine FLAVENT, sorte de journal de bord d’un périple dans le monde agricole français d’aujourd’hui.

Vitrine mai 68

2 mai 2018

Des titres parus ce printemps en littérature jeunesse pour découvrir l’époque de 1968 et les évènements de mai, ou s’en souvenir.

ALBUM
Véro en mai  / Yvan POMMAUX  & Pascale BOUCHIE – Ecole des loisirs,  2008-2018, 16.50 €.
C’était quoi la vie quotidienne à Paris en mai 68 ? Pourquoi et comment les évènements l’ont perturbée puis ont touché tout le pays ? La vie familiale, scolaire, sociale et politique vue par Véronique, en CM1 à Paris, dont le grand frère est au lycée.


Mai 68 de A à Z / Danièle Ohayon & Patrick Fillioud – Oskar, histoire & société, 2018, 12,95 €
Cet ouvrage s’ouvre par une présentation des origines du mouvement de mai 1968 et les changements auquel il a conduit. Il se poursuit par un abécédaire allant du journal Action paru le 7 mai 1968 jusqu’à Zig-zag. Y sont ainsi évoqués le contexte social, économique et politique ainsi que les différents mouvements, lieux et personnages représentatifs de ces bouleversements en France et à l’étranger. Ce livre au format de poche, parsemé de quelques affiches en noir et blanc, se termine par des repères chronologiques de 1965 à 1975

PREMIER ROMAN
Des fleurs sur les murs / Cécile ROUMIGUIERE & Aurélie GRAND – Nathan, premiers romans, 2018, 7.20 €
A l’épicerie du village tenue par ses parents, Hélène, 9 ans, se cache sous la table pour dessiner sur des cahiers. Elle entend les adultes parler des manifs à Paris, des grèves, mais surtout de la menace de fermeture de l’usine locale de vélos. Avec des copains, ils préparent  une campagne d’affichage.

ROMAN ADO et GRAND ADO
68 Année zéro / Paule DU BOUCHET – Gallimard, scripto, 2018,  9.90 €
Roman autobiographique plein de charme et de vitalité. En mai 68, l’auteur, 16 ans est en terminale dans un lycée du quartier latin où elle habite. Fascinée par  Dany, elle aimerait prendre une part active aux manifestations de rue et pas seulement aider sa mère à ravitailler des étudiants à la Sorbonne. En tous cas, les choses bougent, plus rien ne sera comme avant.

ROMAN GRAND ADO
A 18 ans demandons l’impossible / Adeline REGNAULT – Casterman, 2018, 12€
Madeleine s’est installée dans une chambre de bonne pour faire ses études à la Sorbonne. Elle raconte sa première année 1967-1968 avec les amphis bondés, sa vie amoureuse avec Jean, militant très actif à Nanterre, les événements du monde et ceux de France et de Paris : les manifs, les grèves, puis les élections auxquelles les moins de 21 ans comme elle ne peuvent encore participer. Cette fiction est complétée par un dossier documentaire.

DOCUMENTAIRE
Mai 68 de A à Z / Danièle Ohayon & Patrick Fillioud – Oskar, histoire & société, 2018, 12,95 €
Cet ouvrage s’ouvre par une présentation des origines du mouvement de mai 1968 et les changements auquel il a conduit. Il se poursuit par un abécédaire allant du journal Action paru le 7 mai 1968 jusqu’à Zig-zag. Y sont ainsi évoqués le contexte social, économique et politique ainsi que les différents mouvements, lieux et personnages représentatifs de ces bouleversements en France et à l’étranger. Ce livre au format de poche, parsemé de quelques affiches en noir et blanc, se termine par des repères chronologiques de 1965 à 1975.

INTERGENERATIONNEL
Mai 68 raconté aux enfants / Philippe GODARD – De La Martinière, 2018, 14.50 €
Documentaire incontournable. Après une contextualisation historique, les évènements sont présentés par séquences thématiques : contestation, universités, grèves, barricades, libération des femmes, les slogans, la répression, de Gaulle… En insert, trois portraits : celui d’une étudiante, d’un ouvrier et de commerçants. Riche iconographie noir et blanc.

 

Où va le climat ? Réponses confuses à une question majeure

9 mars 2018

Encore un documentaire sur l’écologie pour rien. N’attendez pas du livre Où va le climat ? de Claire Lecoeuvre, paru aux éditions du Ricochet (12 euros) qu’il clarifie un sujet particulièrement complexe, ni qu’il donne aux jeunes des pistes pour agir.

Jolie maquette, illustrations bien troussées, sommaire alléchant, ce livre fait bonne impression au premier abord. Mais on déchante vite à la lecture. L’écriture est souvent maladroite et manque de fluidité. Les sujets sont abordés de manière confuse, sans mettre l’accent sur les points importants, ou pire, sans même les mentionner. Ainsi, quand elle aborde l’agriculture désignée à juste titre comme un des responsables majeurs du réchauffement, l’auteure ne mentionne que des solutions relativement secondaires en oubliant de rappeler l’impact démesuré de l’élevage et le bénéfice qu’il y aurait à réduire la consommation de viande et de produits animaux. Elle aborde par ailleurs les rots (sic) de vache pleins de méthane, mais là encore en se limitant à des solutions techniques (introduire du lin dans leur alimentation) sans mettre en avant le potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’une alimentation moins carnée.

N’attendez pas de ce livre qu’il clarifie le sujet, car l’auteure ne le maîtrise visiblement pas, et ce malgré la collaboration revendiquée de 10 chercheurs, dont on se de demande bien ce qu’ils sont venus faire dans cette galère. A-t-elle seulement tenu compte de leurs remarques, ne serait-ce que pour éliminer les nombreuses erreurs ou imprécisions qu’ils n’ont pas pu ne pas relever ? Non, la neutralité carbone ne consiste pas à n’émettre que la quantité de carbone que les milieux naturels peuvent absorber, c’est la nouvelle politique de la France en matière de climat qui vise zéro carbone en 2050 (N.B. Le site du ministère de la Transition écologique et solidaire est lui-même étrangement confus sur la définition de la neutralité carbone !)

N’attendez pas non plus de ce livre qu’il mette les jeunes auxquels ils s’adressent en action. Le chapitre final, intitulé « effet action », est trop sommaire et se résume à les appeler à une action militante. Tout le mal viendrait « d’en haut », des politiques, des entreprises, qu’il s’agirait de bousculer, comme si les citoyens et consommateurs étaient exempts de responsabilité et n’avaient pas le pouvoir d’agir dans leur vie quotidienne ! Tout se tient.
Eric Lombard

Panier de romans pour le collège

25 février 2018

Si vous ne les avez pas encore à la bibliothèque ou au CDI,
Si les versions antérieures ont déjà bien circulé et sont défraîchies,
Si vous cherchez des bouquins captivants à offrir à des 13-14 ans,

Commandez de suite ces rééditions de romans de bonne facture, aux couvertures relookées et aux prix raisonnables :

4 polars chez Flammarion jeunesse  (8,50 € ou 10 €)
[
– Sarah COHEN-SCALI : Mauvais sangsVue sur crimeConnexions dangereuses
– Roland SMITH : Disparition programmée

3 romans poche chez Rageot  (6,90€)

–  Jean-Christophe TIXIER : La traversée, livre cousin de l’album de Baudouin : Méditerranée
– Margaret PETERSON-HADDIX : L’enfant interdit
– Sophie RIGAL-GOULARD. : Isis, 1, 60 m, 13 ans, 82 kilos.

La planète mal expliquée aux enfants

2 février 2018

Trop d’erreurs et d’à peu près, et surtout aucune hiérarchisation des problèmes dans le documentaire publié par playBac : La planète et ses défis expliqués aux enfants.

Les enfants méritent mieux ! Les éclairer sur les menaces et les défis qu’ils vont avoir à affronter demande d’avoir les idées claires sur le sujet ce qui n’est malheureusement pas le cas des auteurs de ce « Petit quotidien ». Tout est mélangé : pollution, surexploitation des ressources, destruction du vivant, réchauffement climatique… Et puis, beaucoup d’erreurs et d’à peu près.

Exemple 1 : « Trier pour préserver la nature ». L’illustration présente deux jeunes qui viennent pique-niquer dans un champ parsemé de déchets divers. Puis on nous présente cinq catégories de déchets à trier : papier, appareils électroniques, verre, piles et plastique, en indiquant (sauf pour le papier) qu’ils sont dangereux pour la nature ou qu’ils mettent longtemps à se dégrader. Le message envoyé, c’est : trions pour ne pas salir la nature. Il y a pourtant longtemps que les ordures (en France du moins) n’aboutissent plus directement dans la nature comme sur l’illustration. S’il faut trier, c’est en fait :
– pour recycler, parce que les ressources contenues dans les ordures sont précieuses et qu’on ne peut pas indéfiniment puiser dans la nature pour les produire.
– pour réduire le volume de déchets envoyés en décharge, parce qu’on ne peut pas indéfiniment les empiler.

Exemple 2 : « L’énergie du futur ». La page présente les tours solaires comme une énergie du futur alors que plusieurs installations commerciales fonctionnent déjà et que beaucoup sont en construction. Cerise sur la gâteau, la question de Scoupe : « Vrai ou faux ? On prévoit de construire une tour solaire en Australie en 2010 ». Retour vers le futur ?

Un autre gros défaut, c’est l’absence de hiérarchisation des problèmes et des solutions. A la page « Huit gestes pour l’environnement », on trouve en tête « Économiser les piles », mais nulle mention de « manger moins de viande », geste pourtant beaucoup plus significatif et concernant directement les enfants. A la rubrique « L’eau dans le monde », en tête des 5 conseils pour économiser l’eau, on trouve le sempiternel « ne pas laisser couler l’eau quand on se lave les dents ou quand on se savonne » ! Mais aucune mention de l’importance d’économiser l’eau chaude…
Eric Lombard

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